« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. » Voici ce qu’écrivait en 1950 dans « Les Matinaux » le poète René Char dont le centenaire a été célébré en 2007.
Dans une interview à propos du spectacle IN-I dont elle partage l’affiche et la mise en scène avec le chorégraphe Akram Khan, l’actrice Juliette Binoche lui répond en écho : « Comment vivre autrement que dans la peur ? Comment aimer autrement que dans la peur ? »
Imposer sa chance, serrer son bonheur, aller vers son risque, vivre et aimer en traversant sa peur, autant d’expressions singulières qui m’habitent et me mettent au travail quotidiennement. Si je les fais miennes et si je les formule à ma façon, si je m’exhorte à « plonger au cœur du vivant » qui se terre en moi, c’est pour mieux combattre l’ombre mortifère de la peur qui les accompagne.
Peu m’importe le regard des autres, peu m’importe de me sentir gauche parfois ou d’échouer aussi, pourvu qu’en mon âme et conscience je me sois donné les moyens d’accéder à cette part d’inconnu qui git en moi et qui, une fois émergée et reconnue comme étant mienne, fera de moi si ce n’est un homme meilleur, du moins un homme un peu plus accompli.
Lors de la création de leur spectacle, la collaboration de Juliette Binoche et d’Akram Khan a été pour eux l’occasion de tracer de « nouvelles routes, qui n’existaient pas encore sur leurs cartes » (Akram Khan). Le making-of que je vous propose de découvrir est, à mon sens, l’un des meilleurs témoins qui soit de ce que chacun de nous a à gagner à plonger au cœur du vivant qui l’habite, aussi singulier ce vivant soit-il.
Je vous invite également à découvrir l’interview que Juliette Binoche a accordée à Terrafemina à propos de son parcours de femme engagée. Engagée dans son art comme dans sa vie…




Magnifique! Stéphane….La danseuse et coach que je suis, est très touchée et émue par ce film de l’actrice et du danseur….
J’aime beaucoup tes choix et cette prise de risque dont tu parles…Aller au devant de mon ombre pour devenir tout au moins un homme accompli….
Tu touches l’impudeur, en étant dans ce qui est le plus intime pour toi, avec une grande pudeur et beaucoup de délicatesse.
J’aime!
» Me révéler dans mes imperfections » Dit Juliette Binoche
C’est riche de promesses !
Tu vois, Stéphane, je dois m’y reprendre à Deux fois…:)
Stéphane, par association d’idées, ton post m’a rappelé un passage de Crimes & châtiments de Dostoïevski, que voici :
« L’erreur est le privilège de l’homme sur tous les organismes. En se trompant on arrive à la vérité. C’est parce que je me trompe que je suis un être humain. On n’est jamais parvenu à une vérité sans s’être trompé au préalable 14 fois peut-être même 114, et cela est honorable en son genre ; mais nous, nous ne savons même pas nous tromper par nous-mêmes ! »
« Se tromper à sa façon personnelle, n’est-ce pas même presque mieux que de dire la vérité mais seulement d’après les autres ? Dans le premier cas, on est un être humain, dans le second pas plus qu’un oiseau ! La vérité ne s’envolera pas, par contre, on peut gacher sa vie ; il y en a eu des exemples. »
@ Béatrice
La danseuse, la coach, la femme et la mère combattante que tu es savent qu’il n’y a d’autre alternative pour avancer que le dépassement de soi. Formulation joliment imagée de la langue française qui nous invite à prendre le risque de nous précéder, sans doute pour mieux nous regarder faire…
@ Philippe
Je reconnais là ton esprit d’homme libre et j’aime l’idée de préférer se tromper soi même plutôt que de dire la vérité d’après les autres. Au festin de la vie, autant choisir ses mets !
Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions.
Rainer Maria Rilke
En regardant la vidéo, j’ai aimé m’arrêter sur ces mots, en voix off, à propos du décor choisi pour le spectacle, « un simple mur » :
« Le mur nous protège et, en même temps, il peut nous faire prisonnier, si on s’y accroche. »
« On met des murs partout ; dans nos têtes, soit pour se protéger, soit pour protéger les autres. Ça marche dans les deux sens. »
« Qu’est-ce qu’on fait avec nos murs ? »
Oui, André. Un mur !
Un simple mur pour décor.
Un simple mur comme métaphore de ce qui nous empêche d’être et d’avancer. Un mur qui est toujours le même mais qui change de couleur, de texture, de nature au gré de notre humeur, du temps qu’il fait, de ce qui s’agite devant lui, de qui s’en approche, de qui vient s’y frotter, s’y cogner.
Un mur pareil à ceux que nous dressons en nous d’abord puis ensuite autour de nous.
Un mur, des murs pour nous protéger.
Pour nous protéger du mal. Pour nous protéger aussi du bien qui pourrait tourner mal !
Un mur, des murs pour avoir l’illusion de contrôler.
Des murs de peur. Des murs de pure peur qui, au bout du compte, ont toutes les chances de ne finir par accueillir que les lamentations de ceux qui n’auront pas eu le courage de les abattre, de sauter par-dessus ou de les contourner…
Se tenir en éveil près du coeur sauvage de la vie … ou plonger dedans tout en prenant soin de ne pas le blesser… c’est délicat, un coeur… et c’est fragile aussi … dans certains chants de voudou haitien, la pulsation émerge que si la volonté de « plonger » disparaît pour laisser la place à … je ne sais pas … peut-être à cet inconnu qui nous relie … au delà et au dedans de nos mûrs et de nos envies …
A l’instant où je suis dans le coeur du vivant, je danse entre la curiosité, la patience et l’immense respect de ce qui m’est donné.
Merci Stéphane, d’avoir soulevé une question aussi nourricière.
Le cœur est moins fragile qu’on veut bien le croire Olga. A rester en friche ou à l’abri des soubresauts, il a davantage à perdre qu’à gagner.
Le cœur ou ce que vous nommez joliment « …cet inconnu qui nous relie … au delà et au dedans de nos mûrs et de nos envies … », ne sont vivants que tant qu’ils éprouvent.
N’étant à notre disposition que le temps très court de notre vie, que choisissons-nous de leur faire éprouver ?
Je me suis peut-être mal exprimé, Stéphane. J’ai voulu simplement dire qu’il y a une différence entre « se jeter dedans » et « rester à l’écoute en entrant dans la pulsation ». Quant au « mûrs », mon lapsus est intéressant… je ne suis certainement pas mature et je suis étrangère à la langue française… mais j’ai des souvenirs des cueillettes de mûres exceptionnelles sur certains îles sauvages de l’Adriatique, où les cerfs vivent toujours en liberté…
«Rester à l’écoute en plongeant dedans… » Oui Olga, je crois que c’est bien de cela qu’il s’agit.
La plongée a pour moi une connotation pacifique et paisible. Je l’ai expérimentée pour la première fois grandeur nature, de jour comme de nuit, il y a de cela des années aux Caraïbes et elle reste encore un de mes plus beaux voyages en terre inconnue.
Quant à l’image des «îles sauvages de l’Adriatique, où les cerfs vivent toujours en liberté… », elle me rappelle la Namibie. C’était pendant les vacances de Toussaint, ma fille venait d’avoir treize ans et ce voyage était pour elle. Un voyage d’à peine dix jours !
Je n’ai véritablement mesuré la force et l’impact de cette nature sur moi qu’au temps qu’il m’a fallu pour me réadapter ici : corps et âme. J’en garde un souvenir proche de l’initiation…
Le documentaire qui a motivé et inspiré ce post n’est malheureusement plus accessible (je l’espère momentanément car je me démène pour essayer d’en obtenir les droits de diffusion pour ce blog…)
Il nous offre l’immense privilège de pouvoir observer les tâtonnements d’un homme et d’une femme aux démêlés avec leurs démons les plus intimes dans le but de nous donner à voir et à entendre l’expression artistique la plus juste et la plus nue possible de ce qui nous habite dans la relation à l’autre.
A force de travail, de recherches, de partages, de recommencements et d’approfondissements le spectacle se construit et nous assistons à une véritable mue : l’actrice devient danseuse et le danseur acteur !
Tous deux finissent par s’accorder individuellement jusqu’à sonner juste ensemble en épousant la pratique de l’autre !
Il est en cela une merveilleuse métaphore de ce que chacun de nous gagnerait à se risquer toujours un pas plus loin sur son chemin vers l’autre…
Stéphane,
Cette semaine, l’émission « A voix nue » sur France Culture, de 20h à 20h30, est consacrée à la Juliette Binoche. Des entretiens avec Jérôme Clément « à fleur de mots » :
lundi : Juliette Binoche, naissance d’une actrice
mardi : Juliette Binoche, une star de cinéma
mercredi : Juliette Binoche, une danseuse
jeudi : Juliette Binoche, artiste et exploratrice culturelle
vendredi : Juliette Binoche, une femme accomplie
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/avoixnue/
Possibilité de podcaster l’émission (pendant une semaine).
Un lien aussi vers quelques minutes d’une vidéo (amateur) de In-I avec Akram Kahn.